Caravane Tighmert

the (personal) story behind

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préface


 

culture contemporaine au Maroc

 

atelier de danse contemporaine réalisé par Amar Al-Bojrad lors de la 2ème édition de Caravane Tighmert en 2016

   

   En 2015, nous avons invité quelques artistes visuels et vivants à Tighmert pour faire des ateliers avec les enfants, lors de la première édition de Caravane Tighmert. Nous pensions que ces artistes pouvaient nous aider dans le développement humain et culturel de l'oasis et aussi qu'ils pouvaient trouver une ambiance propice à leurs créations, loin de la zone d'influence des centres culturels marocains comme Rabat, Casablanca et Marrakech. Je pense qu’à ce moment nous commencions un voyage sans savoir vraiment où nous allions exactement, néanmoins, nous savions où nous ne voulions pas y aller. Quatre ans plus tard, nous n'avons toujours pas de destination précise et nous continuons à nous interroger sur des concepts tel que développement culturel, création contemporaine, espaces d'art, résidences d'artistes, éducation artistique ... et si ces concepts sont pertinents et valides dans une région désertique comme celle de Guelmim-Oued Noun.

   Il n'est pas facile d'avoir une identité propre à un événement culturel, surtout quand les influences arrivent de partout, d'autres villes marocaines, des pays arabes, de l'Europe... Parfois, ces influences peuvent être très dangereuses. Par exemple, nous voyons aujourd'hui comment le concept européen de culture, en tant qu'industrie, se développe sur toute la scène artistique marocaine, dans un moment où les gouvernements régionaux, sans expérience, commencent à décider quoi faire de l'argent public en matière de culture (si jamais ils le font). Je m'inquiète également de voir comment les politiciens considèrent la culture comme une dépense plutôt qu'un investissement, ou comment les institutions considèrent les appels à projets comme des subventions annuelles sans une stratégie claire derrière, avec des propositions qui doivent être adaptées, et la plupart de cas déformées aux exigences générales, au lieu de répondre aux besoins d'une communauté et d’un lieu spécifique. Les artistes doivent avoir un environnement approprié pour travailler, créer et gagner leur vie, mais l’État ne peut pas prétendre que les associations fassent leur travail en matière d'éducation et de promotion de la culture. La solution n'est pas facile, surtout quand il n'y a pas de politique culturelle, quand il n'y a même pas d'administration culturelle (ni dans le gouvernement central, ni dans les gouvernements régionaux). Le Maroc a besoin d'une stratégie culturelle, à l’échelle nationale mais aussi locale, sans copier directement ce que les autres pays font, une stratégie qui privilégie les enfants et les artistes, au lieu de la médiocrité et de l'improvisation.

   Compte tenu de l'état de la culture au Maroc, il n'est pas évident d'organiser des événements avec une certaine stabilité et durabilité, et encore moins de trouver sa propre voie. D'un autre côté, cette situation est un avantage parce que nous sommes seuls, sans soutien officiel, sans argent, mais sans restrictions programmatiques ou administratives, ce qui signifie que nous pouvons décider librement par nous-mêmes.

   Parfois on pense qu'il est important d'avoir une étiquette, mais ce n'est pas notre cas, car nous ne sommes pas un festival de musique (même si nous avons commencé avec cette dénomination), nous ne sommes pas une résidence d’artistes, nous ne sommes pas une galerie d'art, nous ne sommes pas un événement d'art contemporain (une foire ou une biennale)... Je ne veux pas dire que ces options soient de mauvais choix, c'est juste que nous devons réaliser où nous sommes et quels sont nos moyens et capacités pour réaliser ce projet où nous offrons un espace et un temps particuliers pour les artistes contemporains basés sur un ensemble d'identités liées à un lieu, l’oasis de Tighmert. Par ailleurs, je crois que cette type de recherches doit rester à l'écart des programmes culturels à la mode, ainsi que des problèmes dérivés de politiques culturelles inexistantes ou inappropriées. Dans ce sens, notre meilleur allié sera toujours le désert.

 

culture contemporaine dans le désert

 

installation d'art d'Amine El Gotaibi lors de la 2ème édition de Caravane Tighmert en 2016

   

   Seulement si nous arrivons à comprendre et à expliquer le désert, nous serons en mesure de proposer un cadre approprié pour la création contemporaine. Pour atteindre cet objectif, nous confrontons l'art, et les artistes, directement au désert, afin de le déchiffrer dès un point de vue contemporain.

   Lors de mes recherches dans la région, j'ai appris que c'est le désert qui va dicter ce que vous pouvez faire, quand et comment, puisque nous sommes à la merci de son environnement physique, de son histoire, de ses habitants... C'est un aspect difficile à expliquer à ceux qui ne connaissent pas le désert, car ce n'est pas seulement leur art qui sera soumis à la nature, eux même aussi, une réalité qu'il n'est pas facile de comprendre et d'accepter. Ainsi, les artistes ont besoin de temps et de prédisposition pour mener à bien un processus, plutôt personnel, qui ne peut pas être réalisé uniquement dès un point de vue académique, en raison des multiples et complexes couches que cache le désert, pour cette raison un cadre plus ouvert est nécessaire, un qui soit adapté au désert. C'est aussi pourquoi je pense que c'est une bonne option pour nous de nous tenir à l'écart des postulats théoriques. Je crois que le langage artistique s'éloigne de plus en plus de la compréhension de nos sociétés, établissant une barrière entre les artistes et les citoyens, ce qui est crucial dans un moment où l'éducation culturelle au Maroc se développe. Cependant, nous ne pouvons pas prétendre développer la culture juste avec les artistes, toute la société doit être impliquée.

   À Tighmert, nous encourageons les artistes à travailler avec les habitants, aux lesquels ils doivent pouvoir communiquer leurs pensées, leurs connaissances, leurs doutes, leurs frustrations, leurs peurs... mais dans un langage compréhensible, car ils sont la clé pour vraiment comprendre le désert. Pour aboutir à cette complicité, désert-habitants-artistes, ils doivent se débarrasser de leur armure intellectuelle, de leur ego, ceci sera la seule façon d'aborder la plénitude du désert.

   Avec Caravane Tighmert, il paraît comme si nous voyagions tous ensemble, artistes, habitants et organisateurs, dans une quête pour atteindre l'essence du désert, en améliorant l'expérience chaque année, en testant des nouvelles activités, en apprenant du lieu… Maintenant nous passons de plus en plus de temps là où les nomades habitent, dans un espace "vide" où il n'y a pas de ville, pas d'oasis, même pas d'arbre, un lieu sans référence physique, juste la terre et le ciel, et entre eux, les artistes. Avec cette approche il est possible que nous soyons en train de supprimer toute trace d'art et par consequence, que ce que nous faisons, n'ait rien à voir avec l'art.  Ou peut-être cela soit précisément le sens réel de l'art, trouver l'essence de notre présence sur Terre...

 

   Caravane Tighmert was founded by Bouchra Boudali, Ahmed Dabah and Carlos Perez (through the association Les Amis du Festival Caravane Tighmert and Marsad Drâa). As co-organisers there are also Mohamed Arejdal, M'barek Bouchihci and the Scouts of Tighmert. We have had several collaborators through these years, Maison Hassanie, Sahara Noise Communication, Maison Nomade and Le 18.