HABITAT-TERRE

Un rapport complexe au sud du Maroc

 
 

 

Ces dernières années on a pu constater une augmentation de la construction dans les régions désertiques du Maroc, où la terre était le seul matériau, cependant aujourd’hui, la terre cède sa place aux matériaux tels que le bloc en ciment, la brique ou le béton armé, en principe, moins bien adaptés aux contraintes climatiques. Quelle est la raison pour laquelle on est en train de perdre un savoir-faire, un patrimoine aussi impressionnant et toute une identité? On ne peut pas dire qu’il s’agit d’un effet de la globalisation ou, tout simplement, du développement, puisque les rapports Habitat-Terre sont très complexes. Il y a des multiples facteurs (l'architecture, le patrimoine, la sociologie, l’économie…) que combinés différemment, donnent lieu à des résultats très divers.

 

Il est vrai que la terre est associée à la pauvreté, une des raisons pour laquelle une partie de la population décide de construire en béton lorsqu’ils ont les moyens économiques, en exprimant ainsi un nouveau statut social, mais ils savent tous que ce choix viendra accompagné d’une diminution de leur confort puisqu’ils auront plus froid et plus chaud dans leur nouvelles maisons. Pourquoi changent-ils la terre pour le béton ou directement ils quittent leurs maisons et les ksour? Voici quelques causes.

L’émigration de la population vers les grandes villes peut signifier l’abandonne de la maison ou bien la manque de main d’ouvre qui devrait faire l’entretien de la maison, précisément la manque d’entretient est à l’origine des nombreux pathologies qui d’ailleurs font croire que ce système constructif n’est pas optimale. Les plafonds en bois et terre sont des structures flexibles, qui bougent, en créant des espaces interstitiels pour lesquels pénètre l’eau. Si l’on ne fait pas attention, cela sera le tour aux poutrelles en bois, qui se dégraderont, en cédant au poids de la couche de terre qui soutient, provocant ainsi des poussées sur les murs en terre. Ce n’est pas pourtant les murs en terre qui provoquent la ruine des maisons, mais l’instabilité à la quelle ils se confrontent dû au mal comportement structurel du bois, rapidement dégradé par l’eau.

 

Une autre cause d’abandonne réside dans l’impossibilité d’accueillir des nouveaux membres de la famille. Si déjà la largeur des pièces dans les ksour est petite (2’50-3’00 m), dû à l’utilisation du bois de palmier pour la construction des plafonds, l’agrandissement des familles les oblige à sortir du ksar, afin de construire une nouvelle maison plus grande. Or, cela ne veut pas dire qu’ils vont automatiquement abandonner les construction en terre, au fait, dans les endroits qui sont pas proches des centres urbaines, ils vont construire des nouveaux quartiers en s’appuyant sur l’expérience vécue dans les ksour. Ils vont reproduire ce qui est toujours valide, ce qui peut s’adapter à ses modes de vie et aux contraintes climatiques. Ainsi, ils vont utiliser la terre comme matière première, certains peuvent utiliser aussi le béton armé, en tant que structure principale (poteaux-poutre) ou secondaire (fondation, chainage des murs à niveau des plafonds, linteaux…), ceux qui peuvent, changeront le bois de palmier pour le bois d’Eucalyptus, de Tamarix ou d’Acacia, tout dépend de la disponibilité dans les régions et de la capacité économique du propriétaire pour l’acheter. Par ailleurs, l’organisation spatiale de l’ensemble de logements et des propres logements, va être améliorer sans supposer une rupture totale avec celle des ksour. Les ruelles resteront piétons avec une largeur de 2’00-2’50 mètres, si c’est possible orientées perpendiculaires au sud, selon une trame orthogonale, les maisons seront toujours mitoyennes mais plus grandes, normalement d’un seul étage, avec des patios qui séparent complètement le bétail des habitants. L’implémentation de ces nouveaux quartiers dépend aussi de l’état foncière des terrains.

-Si jamais la commune n’a pas une disponibilité de terrains pour construire les nouvelles maisons, par exemple, si le ksar est à l’intérieur de la palmeraie, dans ce cas ils devront rester dans l’ancien ksar. Exemple: Ayt Isfoul, commune de Tamgroute, Zagora.

-Il est aussi possible que la tribu n’ait que l’espace autour du ksar pour construire, on pourrait dire que les nouvelles maisons seront une extension de l’ancien ksar. Exemple: ksar d’Amezrou, dans la commune urbaine de Zagora.

Amezrou¹

On a pu constater cette évolution dans leurs modes de vie, avec des maisons complètement abandonnées (1.1, 1.2, 1.3 et 2.2), des maisons usées que pour le bétail (1.4), des maisons avec une occupation traditionnelle (2.1, bétail en rez-de-chaussée, chambres en premier étage et cuisine et salon en deuxième étage), maisons construites comme extension du ksar et adaptées à la vie actuelle (3.2 où le bétail a été “logé” dans des maisons abandonnées), des maisons en dehors du ksar (4.1, avec un seul étage et un grand patio) et finalement des maisons contemporaines (5.1 construites sur des anciennes constructions, en béton armé et blocks en ciment, sans patio, avec des pièces disproportionnées, mais toujours en plaçant la cuisine en dernière étage, pour ainsi éviter la fumée provoqué généralement par l’utilisation du bois de palmier récupéré de la palmeraie).

-Il est aussi possible que la tribu n’ait que l’espace autour du ksar pour construire, on pourrait dire que les nouvelles maisons seront une extension de l’ancien ksar. Exemple: ksar d’Amezrou, dans la commune urbaine de Zagora.

Ce dernier cas, un ksar qui a suivi des extensions, est particulièrement intéressant puisqu’il permet d’étudier cette évolution, dans un point de vue architectural, urbanistique et social, d’ailleurs, une analyse plus approfondie pourrait nous donner la clé pour bien comprendre les besoins de la population locale et proposer par la suite, des nouveaux aménagements urbains et des nouveaux logements (pourquoi pas des logements sociaux) construits entièrement en terre. Lors du voyage d’étude avec les étudiants de l’École Nationale d’Architecture de Tétouan en mai 2013, on a suivi les recommandations d’Ahmed Chahid, qui considéré Amezrou comme un modèle pour les futurs aménagements dans la vallée du Drâa. Quelques années plus tard, avec l’aide du sociologue Antoine Bouillon, nous avons commencé à visiter des maisons, en parlant avec ses occupants et en faisant des croquis des étages afin de mieux connaître le rapport entre Habitat et Terre.


¹ Le ksar d’Amezrou (https://goo.gl/UhcKNR) est un des ksour les plus importants de Zagora, pour son architecture et pour son histoire. Partiellement occupé et doté d’une synagogue et d’une mosquée, cette dernière se trouve parmi les 5 mosquées construites en terre dans la valle du Drâa (d’entre plus de 300), qui a un minaret.

Habiter à Amezrou

On a pu constater cette évolution dans leurs modes de vie, avec des maisons complètement abandonnées (1.1, 1.2, 1.3 et 2.2), des maisons usées que pour le bétail (1.4), des maisons avec une occupation traditionnelle (2.1, bétail en rez-de-chaussée, chambres en premier étage et cuisine et salon en deuxième étage), maisons construites comme extension du ksar et adaptées à la vie actuelle (3.2 où le bétail a été “logé” dans des maisons abandonnées), des maisons en dehors du ksar (4.1, avec un seul étage et un grand patio) et finalement des maisons contemporaines (5.1 construites sur des anciennes constructions, en béton armé et blocks en ciment, sans patio, avec des pièces disproportionnées, mais toujours en plaçant la cuisine en dernière étage, pour ainsi éviter la fumée provoqué généralement par l’utilisation du bois de palmier récupéré de la palmeraie).

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